Argumentaire

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit, stipule l'Article premier de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. La souffrance n'a pas d'opinion. Elle ne demande qu'à être guérie. Le handicap n'a pas d'autre attente que d'être compensé.

Avec leurs cinq millions d'individus, les personnes handicapées toutes atteintes confondues représentent le plus grand levier en puissance de notre pays. Une force potentielle dont il convient désormais de tenir compte, comme d'un nouveau fer de lance original et sans entraves qui se veut interlocuteur collectif et représentatif auprès des décideurs.

De manière plus générale, le handicap concerne 40 millions de personnes dans l'Union Européenne et plus de 600 millions dans le monde, toutes atteintes confondues, qui demandent avec force leur place à part entière dans une société respectant leurs droits et leur différence.

En ce début du troisième millénaire, les personnes handicapées et autres exclus aspirent plus que jamais et comme tout un chacun à vivre de manière égalitaire et à exercer leur pleine citoyenneté dans une société respectant les différences.

Pour leur propre part, les personnes handicapées veulent instamment que leur soient restitués tous les éléments nécessaires à leur autonomie, à leur existence et à leur libre choix dans le cadre d'une compensation globale des inconvénients dus à leur atteinte.

Loin de s'améliorer, la situation des personnes handicapées devient d'autant plus préoccupante que les mécanismes administratifs semblent bloqués à tous les niveaux de l'Etat , les décideurs se retranchant les uns les autres derrière des incertitudes contradictoires entre les différents échelons de prise de décision.

Une situation d'autant plus grave pour les personnes concernées qu'elle s'insère dans un contexte de difficultés sociales et financières telles que le gel arbitraire de la création de postes d'auxiliaires de vie, le couperet de la démarche soins infirmiers, la non revalorisation quasi certaine des diverses allocations d'aide sociale et autres graves inquiétudes.

Dans la grande tourmente sociale qui déchire et fracture tant notre époque, le handicap semble en effet singulièrement absent. Il a été complètement occulté lors des récentes élections présidentielles et législatives. Ce n'est pas un hasard si l'Europe de Bruxelles parle en ce qui nous concerne des « citoyens invisibles ».

Dans un climat de résignation ambiante, notre condition humaine doit-elle pour autant être culpabilisée, anesthésiée, chloroformée ? « L'égalité formelle existe dès lors qu'existe l'égalité des chances », disait Jean Jaurès. « La valeur d'une société se mesure à la place qu'elle accorde à ses exclus », proclame Jean Paul II.

Ce ne sont pourtant que les chances légitimes de leur vrai vivre et la juste compensation de leur atteinte que demandent les personnes handicapées et autres accidentés de la vie, en un temps inquiétant où leurs nécessités inaliénables semblent « passer à la trappe » à l'heure même où un siècle nouveau déjà les rattrape.

C'est pourquoi les personnes handicapées aspirent légitimement et comme tout le monde à conquérir leur liberté avec des moyens financiers réévalués, des aides humaines spécialisées en quantité suffisante et des aides techniques appropriées leur permettant de découvrir d'autres dimensions évolutives dans une Europe de solidarité.

Toutes les études de besoins effectuées durant ces dernières années et tous les recensements d'attentes non satisfaites débouchent sur des conclusions bien connues qui demandent la mise en place de nouveaux moyens et équipements : services d'auxiliaires de vie, services d'aide à domicile, structures souples, appartements thérapeutiques, foyers de vie, maisons d'accueil spécialisées, services de transport adaptés.

Quand le gel républicain sera-t-il suivi d'un vrai dégel ? A quand par exemple les introuvables nouveaux postes d'auxiliaires de vie, les ressources minimales adéquates et les conditions matérielles réunies d'un tel « mieux vivre » commun à tous ? En effet, s'il existe bien d'autres déshérités plus démunis, aucune valeur philosophique n'implique qu'on doive niveler par le bas et cesser alors de vouloir vivre parce que d'autres meurent.

Une récente étude estime à 1.500.000 millions le nombre de personnes en France ayant besoin d'une aide humaine à domicile. Que comptent faire les décideurs pour répondre à cette attente, en particulier dans le cadre du plan gouvernemental de Lionel Jospin prévoyant 3 000 postes d'auxiliaires de vie en 3 ans ?

Par exemple, en ce qui concerne l'Allocation Compensatrice Tierce Personne d'une importance vitale, celle-ci ne permet actuellement à son taux maximal que de rémunérer 2 heures 22 d'auxiliaire de vie par jour à domicile, alors que toutes les études associatives sérieuses s'accordent à reconnaître une nécessité quotidienne minimale de 6 heures par jour pour permettre aux handicapés les plus dépendants de bénéficier d'une réelle autonomie à domicile.

Processus hélas bloqué dans l'extrême majorité des départements puisque seule une quinzaine d'entre eux ont accepté de procéder à une majoration de l'ACTP, comme le Conseil Général des Pyrénées Atlantiques qui a mis en place un déplafonnement atteignant 200 % et 7 heures d'aide par jour pour les plus dépendants.

La décision interministérielle du 11 Mars 2002 prévoyant l'accroissement substantiel des crédits d'aide à domicile pour les plus dépendants sera-t-elle mise en application par les pouvoirs Publics à l'échelon national ?

L'allocation aux adultes handicapés ne dépasse pas 569 € par mois, soit à peine plus que le RMI. Devant cette injustice financière empêchant tout individu de vivre dans des conditions normales, l'Etat prend-il l'engagement de porter graduellement le montant de cette allocation à 80% du SMIG brut, dans un souci de décence élémentaire ?

La Démarche Soins Infirmiers, telle que prévue, risque de pénaliser gravement les personnes handicapées en les privant de leurs concours habituels et de leur financement. Que comptent faire les pouvoirs publics pour permettre aux personnes à mobilité réduite de bénéficier des mêmes actes à domicile ?

On estime à 20% seulement le nombre de personnes intervenant à domicile ayant bénéficié d'une formation. Le décret de 26 mars 2002 met en place un diplôme d'Etat d'auxiliaire de vie sociale. Alors quelle accélération pour ce processus, quel financement pour concrétiser ces formations essentielles et quelle reconnaissance véritable avec statut à la clé pour ces professionnels aussi indispensables que méconnus ?

Soulignons aussi le grave problème des quotas, en particulier pour les infirmières et les kinésithérapeutes, limitant la quantité des actes à domicile au détriment des usagers handicapés ainsi pénalisés.

Handicapés moteurs, handicapés sensoriels, handicapés visuels et personnes en difficulté sociale de toute nature s'insurgent avec véhémence contre les situations de laissés pour compte qu'on leur inflige dans une existence sans autre espérance que l'attente désespérante de quelques lointaines miettes de subsistance.

A l'heure des grandes mutations et des rassemblements socio-économiques du troisième millénaire, il est apparu urgent de fédérer les énergies et d'apporter des réponses appropriées aux aspirations fondamentales restées lettre morte.

« A Hauteur d'Homme » est en conséquence un Espace Inter Handicap Européen rassemblé pour permettre aux associations et aux particuliers de réaliser des projets collectifs et concrets afin de répondre aux attentes prioritaires des personnes handicapées ou en difficulté sociale.

C'est pourquoi, et sans vouloir aucunement se substituer aux associations ni en jouer le rôle, notre ensemble fédérateur se veut un laboratoire d'idées, un forum de propositions, un tremplin de solutions innovantes pour faire matérialiser des réponses essentiels et présenter une force unie devant les pouvoirs publics.

Trois urgences fondamentales constituent l'actualité des combats de « A Hauteur d'Homme » : l'extrême précarité des ressources, l'insuffisance flagrante des aides humaines et le manque de financement des aides techniques.

Ainsi de l'Atlantique à la Mer Noire, de l'extrême Nord de l'Ecosse aux profondeurs de l'Afrique, des lointains du Brésil aux confins de l'Asie et du Pacifique, c'est en quelque sorte « un sixième continent » qui vient d'émerger : celui d'une solidarité sans frontières.

Nous incarnons un combat et une problématique que les récentes élections présidentielles et les élections législatives ont hélas grandement occultés, malgré la priorité sociale représentée pour sortir de l'exclusion.

« A Hauteur d'Homme » n'est donc pas une association comme les autres. Elle se veut Parlement de justice sociale, stimulant constant et demandeur du respect des vraies valeurs citoyennes qui nous appartient de mettre à l'avant-scène de la nation.

En effet, notre combat est suffisamment justifié par ses exigences vitales pour que nous osions revêtir l'armure de ces grands résistants et de ces grands rebelles défricheurs de liberté pour aller conquérir en aventuriers de l'utile une équité sociale indispensable à tous.

Nous ne manquerons pas de poursuivre sans cesse cette action auprès des décisionnaires avec un maximum de vigilance afin que les justes demandes des personnes handicapées et autres exclus soient au plus tôt satisfaites et que leurs acquis sociaux correspondent enfin à la nécessité d'une véritable existence à hauteur d'homme.

Bernard FRAUTSCHI

 

MAJ : 11-08-04